Une femme se cachant derrière un arbre

Le procès FALZONE

L'arbre qui cache la forêt

Le procès FALZONE L'arbre qui cache la forêt

On juge un homme.  Qui juge le système ?

Depuis le 4 mai 2026, la Belgique entière a les yeux rivés sur le Lotto Mons Expo de Mons. Dans le box des accusés : Paolo Falzone, 38 ans, qui aurait lancé sa BMW à 173 km/h dans un cortège de gilles à Strépy-Bracquegnies, tuant sept personnes. Le procès est légitime. Les familles des victimes méritent justice.

Mais pendant que les caméras filment le box, une question reste sans réponse : qu'a-t-on fait, concrètement, pour que cela ne se reproduise plus ?

Un profil que le système connaissait déjà

Falzone n'était pas un inconnu. Il aurait été condamné pour ivresse au volant. Et serait multirécidiviste de la vitesse. Un profil à haut risque, clairement identifiable - et pourtant, rien ne l'avait empêché de reprendre le volant ce soir-là.

Ce n'est pas un hasard. C'est le symptôme d'un système défaillant. Selon l'Institut VIAS, 45 % des contrevenants sont à nouveau condamnés pour infraction au Code de la route, souvent dans les deux ans suivant la première condamnation. Presque un sur deux. Sans que rien ne change vraiment.

Paolo Falzone était déjà connu. Le système ne l'a pas arrêté. Il a fallu sept morts pour qu'on s'en préoccupe.

Des symboles, mais pas de rupture

Depuis Strépy, la Belgique n'est pas restée totalement immobile. Abaissement du seuil de retrait de permis pour alcoolémie, durcissement des sanctions pour récidivistes, création de la qualification d'« homicide routier »... Des pas dans la bonne direction, certes.

Mais changer le nom d'une infraction ne change pas le comportement de celui qui roule ivre à 173 km/h en filmant avec son téléphone. La dissuasion pénale ne fonctionne que si l'on est en état de raisonner - ce qui, par définition, n'est pas le cas sous l'emprise de l'alcool ou de l'adrénaline.

La vraie rupture, elle, n'est toujours pas là. Où est le permis à points, que presque tous nos voisins européens ont déjà ? Où sont les programmes obligatoires de prise en charge des addictions pour les récidivistes ? Où est l'alcolock généralisé pour les conducteurs déjà condamnés ? Où est la base de données nationale permettant de détecter automatiquement les profils dangereux avant le drame ?

L'arbre Falzone est visible de loin. La forêt des 445 morts annuels, elle, pousse dans le silence.

445 morts par an dans le silence

Le procès Falzone mobilisera les médias pendant six à huit semaines. Légitime -sept morts, c'est insupportable.

Mais voici ce que personne n'annonce avec la même intensité : en 2025, 445 personnes ont perdu la vie sur les routes belges - plus de huit morts par semaine. Sans procès d'assises. Sans caméras. Sans émotion nationale.

La vraie question que devrait poser la classe politique au lendemain de ce procès n'est pas : « Combien d'années de prison pour Falzone ? »

C'est : « Que faisons-nous pour que le prochain Falzone soit arrêté avant, et non jugé après ? »

L'arbre Falzone est visible de loin. La forêt des 445 morts annuels, elle, pousse dans le silence.

L'essentiel
  • Falzone est jugé. Le système, lui, ne l'est pas.
  • Un procès historique ne fait pas une politique de sécurité routière.
  • Falzone sera jugé. Mais sans permis à points et sans prise en charge réelle des addictions, le prochain Falzone roule déjà.
Découvrir En voiture Simone 

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