Bouquet de fleurs attaché à un poteau en bord de route, avec des voitures en mouvement en arrière-plan et un environnement boisé.

Homicide routier

Nouveau mot, peines plus lourdes… mêmes morts ?

Homicide routier Nouveau mot, peines plus lourdes… mêmes morts ?

Fini l'« homicide involontaire ». Dès le 1er septembre 2026, celui qui cause un accident mortel en adoptant un comportement particulièrement dangereux - conduite sous influence, vitesse très excessive - sera accusé d'homicide routier. Le terme frappe. Il rassure. Il donne le sentiment d'une réponse à la hauteur du drame. Mais derrière ce changement de vocabulaire, une question s'impose : changer le mot change-t-il réellement la réalité ?

L'illusion de la dissuasion

La logique semble imparable : une infraction qui porte un nom plus grave, assortie de peines maximales plus lourdes, ferait réfléchir les conducteurs à deux fois.

Le futur auteur d'un drame ferait un calcul rationnel :
Le risque pénal est trop élevé. Je renonce.

Cette théorie repose sur une hypothèse fragile : que les accidents mortels soient le fruit d'un raisonnement froid et lucide.

Or la réalité est tout autre.

Alcool. Stupéfiants. Addictions. Vitesse très excessive. Excès de confiance.

Ce sont précisément ces conducteurs-là que vise l'homicide routier. Autrement dit, la loi cible exactement ceux qui sont le moins capables de raisonner au moment des faits. La dissuasion pénale s'adresse à des gens qui, par définition, ne sont plus en état d'être dissuadés.

Dans ces états, le raisonnement rationnel disparaît. La peur de la sanction aussi.

L'histoire nous met en garde

Ce n'est pas la première fois qu'on entend cet argument.

Pendant longtemps, certains ont affirmé que les peines les plus sévères - jusqu'à la peine de mort - constituaient l'arme la plus efficace contre le crime.

L'histoire a montré les limites de cette croyance.

Pourtant, face à chaque nouveau drame, la tentation réapparaît : durcir les mots, augmenter les peines, espérer que la peur fasse le reste.

Le signal politique

Dans son communiqué du 18 juillet 2025, la ministre de la Justice Annelies Verlinden annonçait vouloir envoyer un signal fort, adressant un message clair à tous les usagers de la route, et en particulier aux récidivistes.

Un signal fort. Un message clair.

La communication est parfaite.

Mais derrière les mots, la vraie question demeure : agit-on réellement sur les causes des drames de la route ?

Le report qui tue - ou pas

L'entrée en vigueur de l'homicide routier était initialement prévue le 8 avril 2026.

Elle a été repoussée au 1er septembre 2026.

Cinq mois de délai.

Cinq mois pendant lesquels les conducteurs qui adoptent les comportements les plus dangereux - conduite sous influence, vitesse très excessive - n'auront pas à craindre cette nouvelle qualification pénale.  Si l'on croit vraiment à la vertu dissuasive de ce texte, des dizaines d'accidents évitables ne seront pas évités. Des dizaines de vies qui auraient pu être sauvées ne le seront pas.

Faites le calcul vous-même.

Combien de conducteurs gravement fautifs - alcoolisés, drogués, roulant à vitesse folle - prendront la route entre avril et août 2026 sans avoir à redouter ce "signal fort" ?

Si la loi avait vraiment ce pouvoir magique qu'on lui prête, ce report n'est pas un détail administratif.

C'est une décision aux conséquences mortelles.

Mais bien sûr - personne ne le formulera ainsi.

Parce qu'au fond, tout le monde sait que changer un mot dans le Code pénal ne change pas le comportement d'un conducteur ivre ou imprudent.

Le report ne fera pas de morts supplémentaires.

Et l'entrée en vigueur n'en empêchera pas.

Ce que cette loi ne changera pas

Créer une nouvelle qualification pénale donne l'impression d'agir.

Cela apportera peut-être une forme de reconnaissance symbolique aux proches des victimes - et c'est déjà quelque chose.

Mais soyons lucides.

Cela ne modifiera presque rien si les comportements dangereux restent les mêmes.

Sans permis à points. Sans prise en charge réelle des récidivistes. Sans politique structurelle sur les addictions.

Les mots auront changé. Les drames, eux, continueront.

Les vraies victimes : celles de demain

Permettez-moi d'employer un mot qui dérange.

Les futures victimes.

Car si l'on se contente de changer le vocabulaire sans traiter les causes profondes - addictions, récidives, comportements à risque - ces victimes continueront d'exister.

La vraie question n'est pas :
Comment nommer le drame ?

La vraie question est :
Comment éviter qu'il se produise ?

Mon ambition est différente

Je ne cherche pas seulement à atténuer la douleur après l'accident.

Je veux réduire le nombre d'accidents mortels.

Cela suppose de regarder la réalité en face : les comportements dangereux ne disparaissent pas parce qu'on modifie une qualification pénale. Ils disparaissent lorsque la société décide réellement de les prendre en charge.

La sécurité routière ne se joue pas dans un changement de mot. Elle se joue dans la capacité d'une politique publique à agir sur les comportements humains.

L'essentiel
  • La Belgique crée l'homicide routier : nouveau mot, peines plus lourdes. 
  • Celui qui conduit ivre ou drogué ne fait aucun calcul pénal.
  • Sans permis à points, sans prise en charge des récidivistes et des addictions, c'est totalement insuffisant.
Conduire sous influence : découvrez la réalité

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